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LA DANSE DE KALI

Cette magnifique Danse de Kali nous vient du nord-est de l’Inde. Plus exactement de l’état du Bihar. La plaine du Mithila, s’étend là, des rives du Gange sacré jusqu’à la plaine du Népal. Dans cette région déshéritée, victime séculaire de catastrophes, tremblements de terre, inondations, famines, est né un art particulier. Qui a d’abord éclos sur les murs des pauvres maisons en terre puis, à partir des années soixante, essaimé sur le papier. Rampari Devi est une figure emblématique de la peinture Mithila. De même que beaucoup d’œuvres Mithila autrefois, cette oeuvre n’est pas signée. En effet, ce n’est pas le peintre en tant qu’individu qui est important mais le sujet représenté et la tradition dans laquelle l’œuvre s’inscrit. Cette Danse de Kali fait partie de ma collection. Cet article a été publié dans le magazine de la Fidhy (Fédération Inter Enseignements de Hatha Yoga) auquel je collabore depuis des années. J’ai organisé plusieurs expositions autour de la peinture Mithila. Pour télécharger le catalogue de l’une des expos sur le site de la Galerie Abrupt : cliquez ici

LEGENDE INDIENNE

Le démon Raktabija avait le pouvoir de renaître des gouttes de son sang versées. De fait, ses armées étaient innombrables. Les devas (« dieux« ) avaient convoqué Kali la Noire pour le combattre. Après une lutte sans merci, Kali, la tête de l’asura (« démons« ) dans une main, un collier de têtes autour du cou, une jupe de bras autour de la taille, tomba dans une transe guerrière, ravageant tout sur son passage. Si bien que les dieux, affolés par cette énergie immense qu’ils avaient contribué à déchaîner, supplièrent Shiva de les aider avant qu’elle ne détruise le monde.  N’était-il pas après tout l’époux de Kali ? Il fallait l’arrêter ! En vérité, elle avait tant bu de sang, qu’ivre de massacres, elle était devenue aveugle et sourde aux supplications. Alors, le dieu Shiva lui-même s’allongea en travers de sa route. La déesse continuait de danser, prête à piétiner son corps lorsque, tout à coup, comprenant ce qu’elle s’apprêtait à faire, elle s’arrêta net.

AU VILLAGE

Dans les années 90, le village de Jittwarpur est loin de tout. La ville, pourtant, n’est qu’à une dizaine de kilomètres mais l’on s’y rend rarement. Rampari Devi vit dans une maison en torchis à Jittwarpur. Elle est âgée pour une indienne de la campagne. Elle n’a pas 65 ans, en parait 80, usée par une vie dure, celle d’une intouchable dans une région misérable en proie à la violence. Plus précisément : violence sociale entre les castes, violence des hommes envers les femmes, violence de la nature provoquant tour à tour sécheresses et moussons. Elle n’est pas souvent sortie du village.

RAMPARI DEVI

A l’époque, personne ne possède de téléphone portable ou de Polaroïd. Et pourtant, dans cette œuvre, Rampari Devi se sert de la peinture comme d’un appareil photo. Autrement dit, elle immortalise la scène comme si elle y avait assisté.  Kali, la chevelure dénouée, le corps nu, se fige les armes à la main : une épée, le trident de Shiva, son trophée barbare et le bol pour récupérer le sang du crâne de Raktabija et l’empêcher de se multiplier. Il est indéniable que Rampari Devi a fixé le saisissement de la déesse à la manière d’un instantané : Kali s’apprête à poser le pied sur Shiva, son époux, et réalisant son erreur, suspend son geste. Les teintes, du brun au noir, évoquent les anciennes photos sépia.

ENSEIGNEMENT

Nous pouvons, nous aussi, faire une pause et comprendre que la faculté de Raktabija à se recréer continuellement est la même que celle de nos peurs qui, lorsque nous les nourrissons, se multiplient et nous font perdre la tête. Kali nous montre comment trancher dans le vif. C’est aussi cela la peinture Mithila : un média pour rendre compte de la réalité et de l’actualité des mythes.

Catégories : Art et yoga

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